RIP Peter Pan

15 août 2023

RIP Peter Pan. La première fois que j’ai visité Tamarindo, c’était en 2006. J’avais 5 semaines devant moi pour parcourir le Costa Rica avec mon sac à dos. Je venais d’explorer quelques plages, mais quand j’me suis assise sur celle de Tamarindo, j’ai senti des vibrations intenses dans le sol. En théorie, mon itinéraire continuait, mais en pratique, j’me suis arrêtée là jusqu’à la fin de mes vacances. La veille de prendre l’avion, mon coeur avait un trop-plein de peine; mon âme ne voulait pas quitter cet endroit. J’suis donc retournée au Québec pour vendre mon condo, mon auto, toutes mes affaires et repartir vers ce que j’appelais secrètement «Neverland», aka l’île de Peter Pan.

À 25 ans, je ne croyais pas vouloir un jour devenir adulte. Je me considérais comme une éternelle adolescente. Et quand j’ai découvert que le lieu imaginaire de Peter Pan était bien réel, j’ai pensé que j’y serais heureuse pour toujours. Qui ne rêvait pas de vivre dans un tel endroit, où les adultes n’en étaient pas vraiment? Pendant 5 ans, j’ai vécu la meilleure débauche de ma vie. Party tous les soirs, drogue, alcool, sexe, surf, Pura Vida. J’idéalisais ce genre d’existence où les lendemains comptaient très peu. YOLO.

À 30 ans, j’suis revenue au Québec. En théorie, je devais rester 2 mois et repartir vers Neverland. En pratique, j’suis tombée amoureuse d’un Québécois et j’ai abandonné l’idée de retourner à Tamarindo. C’était l’été 2011, y’avait #OccupyMontréal qui commençait (un mouvement dans lequel je me suis impliquée; «Nous sommes le 99%»). Quelques mois plus tard, c’était le Printemps Érable (les carrés rouges, la crise étudiante). Je manifestais tous les soirs et le Costa Rica était loin dans mes pensées. En 2014, j’me suis achetée un condo et en janvier 2016, je me séparais d’une longue relation toxique.

En mai 2016, j’ai pris un billet pour retourner 1 mois à Tamarindo. Depuis ce voyage (surtout depuis les 3 dernières années), j’me suis accrochée à l’idée de revenir m’installer ici un jour.

Ce jour, il est arrivé 7 ans plus tard, soit le 1er août 2023. Comme vous le savez, j’ai débandé. Psychologiquement, du moins. Ce que je réalise ce matin, c’est que Tamarindo est encore Neverland. Cet endroit représente parfaitement cette île où règne l’adolescence éternelle, où les gens refusent de devenir adulte. Et moi, contre toute attente, je détonne dans le décor. Aucune envie d’aller me défoncer la gueule dans les party le soir. À 20h, je m’endors et j’aime me réveiller avec les oiseaux pour profiter au max de la journée.

Peter Pan me regarde, déçu.
Humblement, je le salue.
On ne se reverra plus.

Avant, j’aurais cru que ce moment serait déchirant, triste, insurmontable, voire impossible. Et pourtant, j’y suis. Et j’me sens en paix avec cette séparation. Pas que j’me prenne pour une p’tite madame, non. L’adolescente avait simplement envie de s’épanouir. De devenir une femme… Laisser mourir le passé, pour permettre au présent de prendre toute la place, était l’unique chose à faire.

Je ne suis plus Peter Pan.
Je suis celle qui renaît de ses cendres.
Donc ma quête, pour un endroit qui me ressemble, continue.

Photo: La vie… La mort.
Papillon jaune, qui vole souvent en duo, échoué seul sur la plage de Tamarindo. Août 2023.

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